Dans son ouvrage « Sociologie Politique », Roger Gérard Schwartzenberg, parle de l’autorité comme d’une science du pouvoir :
« …la science du pouvoir (de l’autorité, du commandement, du gouvernement), « existe » dans quelque société humaine que ce soit, et pas simplement dans la société étatique. Dans tout
groupe humain se retrouve ce que Léon Duguit appelait la distinction des « gouvernants » et des « gouvernés ».Le phénomène de l’autorité et du pouvoir n’est pas propre à l’état ; il se retrouve
dans toute organisation sociale… »
« Autorité », est un mot à double entrée conceptuelle. D’où la difficulté de son emploi par le tiers qui l’utilise lorsqu’il n’est ni acteur, ni sujet à son exercice. Il lui
faut, soit directement, soit plus subtilement, le qualifier, pour lui donner un sens, un concept clair, dans le contexte de son utilisation. Cela revient à en faire l’apologie ou à en condamner
l’exercice, donc de ne l’employer qu’avec une vision partisane. En exemples, le sens profond du mot « autorité » n’est pas le même, si l’on se place dans le cadre familial, entre père et
enfant, dans un cadre social, entre employeur et employé, dans l’éducation, entre enseignant et élève, sur la route entre conducteur et gendarme, etc.. Entre celui qui exerce l’autorité, et
celui qui la reçoit, voire qui la subit, la vision conceptuelle, l’idée première du mot, dans son contexte particulier entre deux individus ou deux entités, ne peut être la même. Le tiers qui
souhaite décrire les rapports qui s’établissent entre les individus exerçant ou subissant « l’autorité », ne peut, même s’il le souhaite avec honnêteté, le faire sans un esprit partisan. Il y a
et il y aura toujours, en amont du mot, un flirt avec excès ou insuffisance, et en aval l’hésitation permanente entre acceptation et rébellion.
Au-delà de cette appréhension différente qu’en ont les individus en fonction de leur position dans le contexte particulier où s’exerce telle ou telle forme d’autorité, il est surprenant de
constater que tous exercent « et » subissent les effets d’une ou plusieurs sortes d’autorités. Ils connaissent le mot, l’utilisent couramment, mais en font primer suivant les circonstances,
l’idée qu’ils s’en font plutôt que la réalité matérielle de son exercice.
Le champs du concept de l’autorité ou de l’exercice d’un pouvoir apparaît toucher tous les domaines des sciences humaines, psychologie, philosophie, sciences politiques et économiques,
sociologie. Tout individu est à la fois intégré dans un système personnel (génétique, culturel, psychologique) et dans un contexte d’appartenance sociologique (démographique, géographique,
économique etc.). Si on ne peut pas préjuger du comportement d’un individu lorsqu’il est face à l’autorité subie ou lorsqu’il l’exerce en fonction de son appartenance à tel ou tel groupe
social, on ne peut également pas nier, que l’acceptation ou le rejet de l’autorité par des individus liés par des communautés d’intérêt, est un fait patent. Globalement les employés contestent
l’autorité des employeurs, ceux qui payent des impôts celle du fisc, etc. C’est ce dernier aspect qui est du domaine de la sociologie politique. On peut évidemment contester cette science en se
référant à la libre détermination de chaque être humain. Ce serait faire fi de tout ce qui fait notre environnement économique, politique, culturel etc. Que penser des sondages d’opinion, des
manifestations d’étudiant, des campagnes de publicité ciblées, « de la ménagère de plus de cinquante ans », des communautés désignées à la vindicte populaire par des politiciens haineux ou
habiles, et bien d’autres exemples.
Si l’on voulait aborder le sujet d’un point de vue manichéen, on pourrait dire qu’il y a ceux qui professent une acceptation totale des autorités et ceux qui les condamnent globalement. Ces
deux positions extrêmes dans le rapport au mot « autorité » ont des stéréotypes politiques couramment admis, ultra- conservatisme et anarchisme en étant les plus représentatifs. Mais dans les
deux cas, la réalité ne s’exerce pas si le contexte évolue radicalement, le positionnement au mot « autorité » évolue rapidement en fonction de la légitimité que chacun accorde à celui qui
l’exerce. Il existe beaucoup d’exemples de ces renversements : tel royaliste qui défendait la légitimité de l’autorité du pouvoir central quand il était le fait de la royauté contestera celui
exercé par la République, les libéraux actuels refusent l’intervention des états et donc leur autorité, pour tout ce qui constitue une gêne dans les activités financières, commerciales et
industrielles, mais imposent aux états d’exercer leur autorité pour faire respecter par des lois un consensus idéologique contestable, et d’ailleurs contesté. Dans le monde politique français,
cette bataille idéologique s’illustre par ce que chacun dans son camp définit comme le champ de l’activité régalienne de l’état. C’est ainsi que s’expriment les grandes orientations politiques,
actuellement et pour longtemps encore : plus ou moins d’Etat ? Ce qui induit inutilement la question : plus ou moins d’autorité ? Car dans nos sociétés modernes, pour produire de la richesse et
de la stabilité, il est nécessaire que tous les individus exercent et subissent une parcelle d’autorité
Par ailleurs, la rébellion individuelle ou collective à toute forme d’autorité, n’a aucun sens dans la mesure où elle ne peut atteindre son idéal qu’en exerçant une autorité, fusse telle
morale. Qu’elle soit individuelle ou collective, voire politique, la rébellion s’appuie pour exister sur des rapports de forces, sinon, elle n’est que virtuelle. Les rapports de force font «
autorité » pour ceux qui les exercent ! Même la forme suprême de la rébellion, la Révolution, n’échappe pas à cette contradiction. Les révolutions politiques, qu’elles soient « populaires » ou
« nationales », détruisent tout ou partie de l’ancien appareil de l’exercice des autorités civiles, militaires, économiques, morales et religieuses, pour construire d’autres appareils visant
essentiellement à exercer un nouveau pouvoir.
Par Jean-Jacques Levesque
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Publié dans : Praxis
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