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Jeudi 5 juillet 2007
    200px-Lenintribune.jpg        Des idées et des chefs...   Stalin3-1-.jpg


D’un point de vue de la recherche accélérée de la mécanisation des outils matériels et humains de production, il n’y eu guère de différence dans les années trente à cinquante, entre le Taylorisme occidental et l’organisation soviétique Stakhanoviste du travail. Ce qui les différencie, et ce n’est pas rien, ce sont les moyens utilisés et donc la forme d’autorité imposée par les relais politiques respectifs. Il n’en reste pas moins, que paradoxalement, la contrainte exercée sur les individus a été violente dans les deux systèmes économiques particulièrement sur le monde ouvrier, préparant une mutation profonde des deux formes d’organisation de la société.
 
Chaque système a engendré ses propres contradictions en rapport direct avec les moyens utilisés :
Les objectifs, « le Plan », décrété dans les systèmes socialiste par une oligarchie politique, devait être, pour aboutir, soutenu par une pression idéologique intense, mais également par un système de reconnaissance individuel qui encourageait les travailleurs à développer leur compétitivité. Par ailleurs et toute proportion gardée avec le mode de vie dans le monde occidental, les ouvriers des secteurs primaires et secondaires bénéficiaient de protections sociales supérieures aux autres professions. Comme en occident le Travail physique, manuel était mis en exergue comme une valeur supérieure et généralement récompensé par de bonnes conditions de vie, ceci restant relatif à ce que cela permettait dans ces pays. Lorsque l’on dit dans nos sociétés occidentales, « c’est un bon travailleur », c’est la seule vraie récompense que l’on donne à ceux qui se cassent les reins à des tâches répétitives pour un salaire de subsistance et une espérance de vie réduite. Ce sont en général ceux qui ont des positions de commandement, plus ou moins importantes, qui le disent. Ceux là peuvent trouver un peu ou beaucoup de plaisir dans le travail ! 

Néanmoins, on peut dire que le pouvoir, l’autorité exercée, l’était essentiellement par un vecteur idéologique et directement politique. Les militaires, pour l’essentiel, fonctionnaient dans le même contexte. La pérennité de ce système semblait bien établie jusque dans les années 50, soutenue par les succès apparents et parfois réels, sans arrêt mis en exergue, du système de production soviétique, de la recherche scientifique et technologique (l’espace, l’armement…), et par un patriotisme exacerbé supplantant petit à petit le socialisme comme idéologie dominante. Après la deuxième guerre mondiale, l’image dominatrice donnée au monde par ce nouvel empire russe, donnait au peuple une compensation relative à ses difficultés quotidiennes. La mort de Staline n’a été qu’un facteur de l’évolution, de la révolution pourrait-on dire, qui a bouleversé ces sociétés en deux décennies. Plus tard, les révoltes nationalistes, religieuse ou ouvrières des pays satellites, le désastre de la guerre en Afghanistan, ont mis en lumières les faiblesses de la forteresse soviétique. Staline était le verrou d’une cocotte-minute qui maintenait la pression naissante de d’une force sociale émergente, composée essentiellement de la génération, enfants de militaires et d’ouvriers, ayant eu accès à des études, devenus les petits et moyens cadres de la société, soutenus par les générations précédentes. Cette force sociale et ses alliés familiaux ont rapidement pris conscience du déficit principal de la société soviétique. Pour qu’elle puisse profiter de l’autorité de fait qu’elle exerçait dans l’économie et la défense du pays, et des avantages individuels potentiels qui auraient du en découler, liberté de voyager et de consommer, accès au logement moderne, bref tout ce qui était réservé à l’oligarchie politique. Il leur devenait évident que cette oligarchie détenait un pouvoir, une autorité, qui ne se justifiait plus. La suite est connue et il est inutile d’entrer dans le détail de l’histoire.

Le fait patent est que l’organisation sociale de la production à forme capitalistique étatisée a généré la revendication du pouvoir, de l’autorité politique, par la classe sociale qui en était le moteur. Avec quelques secousses et réserves, on peut dire qu’elle a obtenu une réponse à ses aspirations, mais qu’elle subit violemment le contrecoup économique d’une libéralisation sauvage. Révolution ou évolution ? : Certes, sous l’impulsion d’anciens oligarques communistes, Gorbatchev puis Eltsine, une nouvelle génération eu un accès au pouvoir avec les premières élections à la Douma. La remise en cause des avantages acquis, médecine gratuite, protection sociale, etc. a engendré un tel mécontentement populaire qu’un homme comme Poutine, s’appuyant sur les vielles recettes populistes, peur des autres, xénophobie, nationalisme et désenchantement du modèle occidental espéré, a pu sans difficulté incarner la position du chef éclairé, se nantir de pouvoirs politiques et économiques considérables remettant gravement en cause les prémices d’une démocratie à l’occidentale. Les nostalgies patriotiques et communistes s’expriment fortement par le désenchantement de cette classe émergente au pouvoir avorté. Seuls quelques individus qui en sont issus ont profité de la privatisation de l’économie, mêlés aux plus solides des anciens oligarques et aux financiers plus ou moins mafieux. Mais ce nouveau pouvoir a besoin d’ordre, et à terme d’une classe moyenne pour pérenniser son autorité. On peut donc penser que l’état mettra petit à petit les moyens régulateurs répondant à ce besoin.

On ne fait rien de mieux en la matière que la démocratie représentative. W. Churchill disait, « la démocratie est un mauvais système politique, mais je n’en connais pas de meilleurs… ». Il ne disait pas pourquoi !la réponse est sans doute que la forme la plus pérenne de l’autorité est celle qui est acceptée et exercée fut-ce par délégation, par le plus grand nombre ; mais le plus grand nombre n’est pas « tout le monde » et l’équilibre restera toujours instable. Même s’il rencontre les conditions pour être un concept acceptable, le mot « autorité » affiche sur nos écrans intimes deux entrées potentiellement conflictuelles.


Il faut sans doute avoir des doutes sur la démonstration.
Jules-Renard.jpg Jules Renard disait :
« Une vérité, c’est un préjugé qu’on affirme trop. Il a des vérités partout, mais il ne faut pas trop y croire, ni surtout y tenir »
Cette parenthèse succincte sur l’économie soviétique visait surtout à illustrer la partie précédente, sur les rapports à l’autorité que génère un mode économique et de production, quel qu’il soit.
Par Jean-Jacques Levesque - Publié dans : Politique économique
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