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Vendredi 6 juillet 2007
        John Kenneth Galbraith,

Certainement le plus célèbre des économistes américains, écrit en préambule de son dernier essai JohnKennethGalbraithOWI-1-.jpg (Les mensonges de l’économie), « cet essai se propose de montrer comment, en fonction des pressions financières et politiques ou des modes du moment, les systèmes économiques cultivent leur propre version de la vérité. Une version qui n’entretient aucune relation nécessaire  avec le réel. »

Dans le monde économique des quinze dernières années, le renversement de valeur dans la notion d’autorité est en cours... 
 
La révolution industrielle du monde occidental moderne s’est faite en Europe, aux Etats-Unis et plus lentement au Japon, dès le début du XX ème siècle, avec pour principaux outils : la concentration capitalistique, le développement des moyens de transport et de communication, et des techniques de fabrication. Dans un premier temps, les classes populaires, surtout celles qui détenaient un savoir-faire indispensable à la production de valeur, ont tiré un profit certain de ces bouleversements économiques. Dès la fin du XIX ème siècle, l’écrivain Georges-Sand.jpg populaire George Sand déclarait : « l’avenir est à la classe ouvrière ». Pour l’auteur de « la petite Fadette et de François Le Champi », ni politicienne ni économiste, cette déclaration démontre déjà à cette époque, la visibilité idéologique d’une affirmation qui va bouleverser le monde du XX ème siècle. Simple expression d’un rapport de force qui naissait. Bien qu’il y ait eu des dégâts collatéraux tels que la prolétarisation des paysans pauvres et quelques guerres, les révolutions scientifiques, technologiques et les progrès sociaux considérables qu’elles ont engendrés au cours du vingtième siècle, sont nées de la nécessité pour l’économie privée occidentale, de maintenir sa suprématie, d’abord sur ses marchés domestiques, et partout où de nouveaux débouchés pouvaient apparaître pour ses productions de biens ou de services !
 
En effet, incluant la phase de défrichement de la recherche fondamentale (souvent par ailleurs déléguée ou financée par l’état), la course au progrès technologique est très vite devenue un des moyens du capitalisme moderne pour assurer sa pérennité. Paradoxalement, la qualité de vie des travailleurs et par capillarité économique des populations des pays industrialisés s’est également considérablement développée, souvent par les luttes sociales, mais finalement aussi par la nécessité économique fondamentale du capital à se reproduire. Raymond Barre Raymond-Barre-1977.jpg dans son ouvrage « économie politique »cite l’économiste britannique Hayek (the pure theory of capital) : « l’important, n’est pas que le capital ait été produit, mais qu’il ait été reproduit ». Cela semble tomber sous le bon sens commun, mais ce n’est qu’une apparence. En effet, contrairement aux économies foncières ou de thésaurisation, le capital se détruit automatiquement et à besoin de travail pour se reproduire. Raymond Barre précise la pensée de Hayek : « le capital n’est pas constitué de ressources permanentes. Aucune ressource y compris les ressources naturelles et la force de travail, ne peut être tenue pour permanente,…Le capital humain lui-même n’est pas permanent : tout capital doit être maintenu intact… ». On voit bien dans la loi économique les implications politiques qui en découlent : le rôle de l’état, la délégation et l’autorité que lui accordent les forces économiques pour participer à la reconstitution du capital humain. Santé, capacité à consommer les biens produits, enseignement pour accompagner et promouvoir les progrès techniques etc.

La concentration capitalistique et financière s’en est trouvée considérablement accélérée et on a pu se demander, de la fin de la deuxième guerre mondiale jusqu’aux premières crises pétrolières des années soixante dix, si le pouvoir économique, tel qu’il était, n’était pas figé mondialement pour longtemps. Tout semblait l’indiquer, mais on a pu en d’autres temps se poser des questions similaires, à propos d’autres formes de pouvoir économique et d’autorité exercée sur les individus, autorité exercée avec les supports adéquats, autres praxis, autres pouvoirs et autorités politiques, morales et religieuses.
Parallèlement, en fonction des circonstances et des besoins nouveaux, ce pouvoir économique à forme capitalistique, mettait en place, le plus souvent avec intelligence, un système représentatif de son autorité, idéologiquement, par son implication dans les forces politiques et les représentations morales et religieuse, dans les entreprises, par la création de hiérarchies complexes, liées ou non à la compétence technique, mais bien identifiées comme détentrices d’une autorité dans une pyramide où chacun pouvait avoir le sentiment réconfortant, non seulement d’être soumis à une autorité, mais d’en exercer une, ou d’avoir l’espoir d’en exercer une en fonction de ses mérites.

Cet équilibre a participé, particulièrement dans la période dite des trente glorieuses, a créer des sociétés relativement harmonieuses, y compris lorsque les rapports de force entre le capital et les travailleurs s’exprimaient par des mouvements sociaux. Plusieurs facteurs à cette relative harmonie sociologique peuvent être invoqués : la fermeture aux économies occidentales des marchés potentiels énormes des blocs communistes soviétique et chinois, l’instabilité des pays émergents, un contrôle domestique du capital et des moyens de production. Bref, la reproduction du capital demeurait globalement sur les territoires des régions industrialisées, Amérique du Nord, Japon et Europe de l’ouest. Tout semblait pérenne et figé pour longtemps jusque dans les années 80/90. L’ouverture économique de la Chine aux lois économiques occidentales, la mutation de l’empire soviétique, les transferts de technologie vers les pays émergents (Inde, Brésil etc.) ont généré d’immenses masses financières indépendantes des lois d’économie capitalistique que nous connaissions jusque là. Certains parlent de destruction du capitalisme par lui-même. Ce qui est certain, c’est que la « donne » a changé : nous en vivons les effets et nous en parlons chaque jour.

L’observation un tant soi peu objective des faits, montre que cette mutation aux forceps que nous subissons dans les pays occidentaux, modifie fondamentalement le rapport à l’autorité de l’ensemble des populations. Cela s’exprime par des choix politiques qui reflètent les nouvelles conditions de la production de valeur. Pour être simple, l’importance du capital financier dans la production de valeur, et la délocalisation de la partie humaine du capital, changent la loi fondamentale du capitalisme telle que nous la décrivait Raymond Barre : Le fait que le capital humain de l’entreprise ne soit plus nécessairement à reproduire modifie profondément le rapport de force quasi consensuel qui s’exprimait jusqu’ici entre le travail et le capital. « Produire et consommer » La consommation conserve momentanément globalement son niveau mais ce statut est soumis à une formidable contestation idéologique et politique, la production s’évapore sous d’autres cieux ! Le capitalisme occidental essaie de survivre dans le magma financier mondialisé. Il lui faut pour cela redéfinir ses rapports à l’état et renforcer son autorité dans des domaines où il la déléguait sans trop de problème, pour deux raisons fondamentales : il faut diminuer la part de revenus nets du capital dont les emplois sont affectés à la reproduction du capital humain, et s’immiscer dans les fonctions régaliennes de l’état, là où de nouveaux débouchés domestiques sont possibles. Production d’énergie, transports et communications, mutuelles et assurances sociales, retraites, courrier, santé et pourquoi pas, l’armée et évidemment ses productions d’armes, les polices privées…Ceux qui sourient devront regarder de plus près la mise en place de cette expérience par les américains en Irak, et l’incroyable lien d’intérêt des décideurs politiques de premier plan avec des entreprises de « conseillers militaires » ! On comprend très vite les contradictions de cette démarche que globalement on peut définir comme suicidaire du point de vue de l’organisation globale de l’économie capitaliste occidentale, ce qui ne signifie pas la ruine des individus, dirigeants ou gros actionnaires qui au contraire réalisent à titre personnel des encaissements numéraires ou très liquides considérables ; on le voit tous les jours au travers de scandales repris bon gré mal gré par les médias sous l’aspect moralisateur bon enfant : « c’est vraiment pas bien ce qu’il a fait », ou au mieux, on le suggère incompétent lorsque la casse sociale accompagne le parachute doré. Jamais au grand jamais, le problème de fond n’est posé : où est le mensonge ? D’où tenait-il son autorité et pour quel objectif ?

Les équilibres précédemment décrits sont fragilisés et la solution n’est que temporaire. D’autre part, pour mettre en oeuvre ces mutations qui s’imposeront aux classes productives, ouvriers, employés mais aussi aux classes moyennes et supérieures, il est nécessaire de changer les lois, particulièrement celles qui régissent les rapports sociaux. Le contrôle idéologique et financier des médias les plus influents, la pression permanente sur les politiques (qui ne se font pas trop prier parfois !), la désintégration du sentiment de solidarité entre les groupes sociaux, sont mis en œuvre à la vitesse d’une manœuvre de sauvegarde.

vierge----l-enfant.jpg Tous les rapports des individus à l’autorité devront être revus. Sans préjuger des capacités de résistance par les forces sociales mais aussi par les corps d’état, la vrai question est : et ensuite ? L’exemple français récent est patent. L’expression politique majoritaire est déconnectée du réel, et pourtant elle séduit car elle donne le sentiment d’être le dernier refuge, le sein chaud de la mère où l’on pose la tête pour s’endormir.

Par Jean-Jacques Levesque - Publié dans : Economie
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