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Jeudi 31 janvier 2008

LES PAS COMME NOUS...

 

C’est bien connu, l’enfer, c’est les autres ! « Monsieur est Persan? C'est une chose bien extraordinaire! Comment peut-on être Persan?... ». Le persan en voyage à Paris, relate dans son courrier, son étonnement de l’étonnement qu’il suscite, car il n’est pas moins étonné  du mode de vie des occidentaux. Montesquieu (lettres persanes – 1721), inverse l’image. Malicieusement, il fait décrire par l’étranger l’image que donne ses concitoyens à celui d’une autre culture.

 

Nous avons toujours, quelques siècles plus tard, cette propension à considérer que les autres, « les pas comme nous », ne sont pas vraiment indispensable sauf pour nous dépayser lorsque nous faisons du tourisme. Lorsqu’ils viennent chez nous, et en nombre, l’étonnement se mue en crainte, lorsque nous manquons de quelque chose, nous comptons ce qu’ils ont comme quelque chose qu’ils nous auraient pris. Il suffit alors que les mauvaises nouvelles leurs soient imputées, et que des porte-voix  fédèrent l’idée qu’ils en sont responsables, pour que la crainte devienne de la peur, que les peurs s’amalgament en rejet, en mépris, pour finir , en haine.

Alors, les exemples deviennent des généralités, les généralités justifient l’inhumanité ! Nous avons dans notre histoire, assimilé bien des cultures étrangères, qui se sont finalement imposées, et l’on oublie le plus vite possible les souffrances et les humiliations que nous avons fait subir à quelques générations de « pas comme nous », qui pour des raisons politiques, économiques, ou simplement par désir, souhaitaient vivre, comme l’on dit, « chez nous ». D’ailleurs, ils étaient parfois de « chez nous », les « pas comme nous », les minorités protestantes chassées ou massacrées, les juifs français, mais c’est vrai souvent « pas de chez nous ». Les polonais, puis les italiens, puis les espagnols, puis les portugais, qui se souvient de nos haines passées nourries par nos peurs et l’usage qu’en faisaient des idéologues xénophobes ?

 

Aujourd’hui, une communauté fédère particulièrement nos ressentiments, ceux que l’on désigne, comme « arabes », ensuite viennent les africains.  Il est vrai que là, les amalgames sont nombreux, nourris par nos ressentiments d’ex-colonisateurs déchus et l’humiliation de nos guerres coloniales perdues, la peur du prosélytisme religieux,  et  la ghettoïsation de ce que nous désignons comme cette communauté. Voleurs, violeurs, assassins,  fainéants profiteurs de prestations sociales indues, ils sont à l’origine de tous les maux de notre société.

Il est impossible de s’attaquer à tous ces poncifs, il est dans notre nature d’oublier notre histoire et d’en répéter les absurdités. Le temps finira par absorber nos différences, au prix du sacrifice de quelques générations d’immigrés « arabes ». D’autre communautés viendront sans doute pourvoir à nos haines, bien qu’il faille espérer que l’homme se libèrera un jour de la peste raciste et xénophobe.

 

Néanmoins, il n’est pas inutile, lorsque c’est possible, d’essayer d’ébrécher ce mur de bêtise, sur quelques points précis, lorsque l’on peut les étayer par des données irréfutables.

Un des poncifs le plus répandu à propos des immigrés, tient à la certitude qu’ils viennent en France, non pour travailler, mais pour profiter de certains avantages sociaux. On en vient même à regretter que le droit à la santé, au logement et à l’éducation pour leurs enfants leur soit accordé. D’où les périls qui guettent notre sécurité sociale, notre pénurie de logements et sa cherté, et évidemment la mauvaise qualité de notre école publique !

 

A ceux qui le disent, les exemples ne manquent jamais, ils les puisent ou les imaginent, peu importe, leur certitude ne peut être détruite, ils sont assis dessus.

Il y a pourtant en France, un très bon institut de statistique, accessible à tout le monde, dépendant de l’état, et dont le sérieux est rarement contesté. L’INSEE, produit chaque année des études sur la vie de la population immigrée, sa répartition d’origine, les emplois occupés etc. Il est rare que ces chiffres soient repris par les journalistes pour commenter l’expression politique sur l’immigration en France.

 

Le débat, l’immigration est-elle une charge pour la France, ou une source de richesse, est récurrent, et parfois plein de contradictions, peu ou mal investiguées par les médias. L’exemple récent des conclusions de la commission Attali recommandant de relancer fortement l’immigration et la politique officielle du gouvernement n’a pas fait l’objet d’investigations complètes de journalistes économiques.

Par Jean-Jacques Levesque - Publié dans : Praxis
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